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Léonor Fini -1/3-

Publié le par Perceval

Leonor Fini (1907-1996), artiste peintre, femme écrivain, dessinatrice, illustratrice, décoratrice de théâtre et réalisatrice de costumes, naît le 30 août 1907 à Buenos Aires.

Leonor Fini, with her parents (on the left) and her father's family in Buenos Aires, 1907 Leonor Fini, ca. 1913

Alors qu’elle est âgée d’un an, sa mère prend la fuite devant son époux pour retourner dans sa ville natale Trieste. Afin de prévenir les tentatives d’enlèvement du père, la mère fait porter à Fini des vêtements de garçon pendant les premières années de son existence.

Trieste c. 1910 - 1915

Trieste est le cadre des années d'apprentissage de Léonor Fini... Ville du Nord de l'Italie, restée autrichienne jusqu'en 1919 ( Léonor Fini a alors 11ans )... Trieste est devenue une capitale à la mode, un monde de la ' bella figura ', dont les habitants portent sur eux la marque du stylisme. Les femmes sont réputées pour leur sophistication, leur culture, leur beauté...

La mère ( Malvina Braun Dubich) de Leonor est la figure centrale de son enfance. Son père, Herminio Fini est un tyran, de belle apparence, un joueur... . « Sur la première enfance de Leonor, l'ombre pèse de ce père absent. Don Juan croquemitaine, fourbe virilité à moustaches, sombrero et cigare, qui outré dans son honneur, veut reprendre sa fille à un doux clan maternel, libéral et libre penseur, afin de l'élever selon les lois de l'espèce et de la religion apostolique et romaine. » ( un ami de la famille).

La famille Braun est très liée à l’intelligentsia triestine : Italo Svevo, Umberto Saba et James Joyce.

Leonor Fini, se souvient de ses déguisements, en particulier lors de Mardi gras... « Encore enfant, j'ai découvert l'attrait des masques et des costumes. A quatorze ans, je me suis promenée avec une amie de mon âge dans les rues de Trieste, des queues de renard dérobées à nos mères cousues à nos jupes. Se costumer, c'est changer de dimension, d'espèce, d'espace. C'est pouvoir se sentir gigantesque, plonger dans les végétaux, devenir animal, jusqu'à se sentir invulnérable et hors de temps, se retrouver obscurément dans des rituels oubliés. »

LEONOR FINI -1925 ca

PORTRAIT DE MALVINA FINI

A huit ans, c'est le jour de sa communion. Elle craint de mordre l'hostie et s’entraîne sur de petits biscuits... ensuite elle ment sur ce nombre de gâteaux mangés... Elle se rend compte que le mensonge est facile, et comprend qu'elle ne sera jamais croyante. Un autre jours elle dit des gros mots à une représentation de la vierge, pour voir si elle réagirait... Toute sa vie Leonor reste athée ne vouant qu'un culte au dieu chat.

Indépendante, paresseuse.., elle est renvoyée de trois écoles. Elle aime s'habillait en garçon, et se conduit horriblement avec les gens qu'elle n'aime pas... Au lieu de l'école détestée, elle passe des heures à dessiner...

En 1923, sa famille décide qu'elle étudiera le droit comme son oncle, mais elle est déterminée en n'en rien faire, scandalisant sa mère et son oncle par sa volonté de mettre en pratique ses idées sur la vie moderne au lieu de se contenter d'en discuter.

La bibliothèque de son oncle, lui permet de lire avec passion, Freud, Proust, Holderlin, Eichendorff, Lewis Caroll... Elle écoute de la musique et feuillette les livres d'art.

Leonor Fini-Trieste-1925 Leonor Fini by Wanda Wulz, 1928

Arturo Nathan ( il a 40 ans), s'éprend de Leonor... Il lui donne des leçons de peinture, et va influencer son développement intellectuel et artistique... Il lui donne à lire A Rebours de Huysmans et le Gai savoir de Nietzsche. Celui-ci devient son auteur favori... Nathan est célibataire et possède aux yeux de Leonor une beauté androgyne qui suggère, au-delà du clivage masculin-féminin, la figure idéale de l'artiste. Elle le décrit « beau, élégant, cultivé, très intelligent, et sensible (…) je me le figurais chaste ; j'appris plus tard qu'il était homosexuel et j'aimais le fait qu'il ne cherchait pas à être en permanence ''viril''. Il était différent de tous les hommes que j'avais connu jusque-là »

Longtemps, ils correspondent, jusqu'à sa mort tragique, dans le camp de concentration de Biberach en 1944.

Leonor Fini - Le Trouble - 1924

Elle ne fréquente aucune école d’art et sa formation est entièrement autodidacte. D’où, sans doute, la difficulté de l’identifier à un courant particulier de l’art contemporain, son évolution ayant surtout été marquée par des affinités électives et par son propre « musée imaginaire ». Les toiles de cette époque comme le Trouble et la Visite prouvent sa faculté de trouver sa voie...

Les toiles de Leonor Fini contiennent une fluidité, sans miroir ni règle, ni mode d'emploi.. ; de la liberté de penser, reçue d'une éducation bourgeoise et éclairée et vécue dans la fréquentation de l’intelligentsia triestine... Trieste, la ville de sa première exposition, à l’âge de dix-sept ans. Trieste, le port, les va et vient, les échoués comme son père argentin et aventurier qu'elle n'a jamais voulu connaître.

 

A suivre: ... 

Sources : Article d'Olivier PLAT sur la correspondance 1932-1945 entre Léonor Fini et André Pieyre de Mandiargues.

Leonor Fini de Peter Webb

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