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Christine de Suède : Libertine -3/4-

Publié le par Perceval

Elle est accueillie, en août 1656, à Lyon par le duc de Guise, avant de se rendre à Paris qui lui consacre une semaine de cérémonies et de divertissements. Christine présente pour certains un danger … En effet, elle convoite le trône de Naples... ! Il serait prévu que Christine monte sur le trône de Naples quand les Français auraient expulsé les Espagnols. Sans descendance, Christine transmettrait sa couronne à Philippe d'Anjou, frère de Louis XIV.

Alors qu'elle est reçue à Fontainebleau, elle ordonne l'assassinat à coups de couteau, dans la galerie des cerfs du château, du comte de Monaldesco, intendant de sa maison et, semble-t-il, son amant, mais qui l'aurait trahi ( en faveur des espagnols) : un crime qui scandalise nombre de ses contemporains.

Christine rentre en Italie après avoir emprunté d'importantes sommes d'argent à Mazarin.

Christine est « libertine » autant par ses propos grivois, son comportement en rupture avec les bienséances de son sexe et les conventions mondaines, autant par les multiples intrigues amoureuses qu’on lui prête, que par son irréligion ostentatoire et raisonnante.

Pendant la durée de son règne effectif, beaucoup de documents présentent Christine comme capable de toute l’autorité – et « donc » de toute la virilité – requise par la fonction. Dans l’abdication, par contre, elle révèle sa faiblesse première de femme (dépouillée de son corps mystique de « roi », la reine n’était plus en effet qu’une simple femme), une femme qui chercherait à réaffirmer sa masculinité de manière dérisoire, par le vêtement, le comportement et surtout l’exercice de l’impiété.

Christine : image d'une aventurière travestie, devient ainsi une figure du libertinage au féminin.

La féminité de la reine a une incidence importante sur son irréligion : celle-ci est en effet essentiellement pensée moins comme un trait de son esprit et de sa personnalité propre que comme le résultat fâcheux, par mimétisme, de la fréquentation d’hommes, et en particulier de savants, notoirement licencieux et mécréants. Il est invariablement répété que ce sont ces hommes, en particulier le médecin Bourdelot (Pierre Michon), mais aussi d’autres parmi les intellectuels dont elle s’entoure en Suède (l’humaniste Isaac Vossius, etc.) qui furent les corrupteurs de l’esprit de la reine. Soit, comme il est dit dans un pamphlet de 1655, farouchement hostile au médecin français, La Brieve relation de la vie de Christine, Reine de Suède, jusque à la démission de sa couronne et son arrivée à Bruxelles : « Cet homme sans religion et sans piete, imprima tous ses faux sentimens dans l’esprit de la Reyne, qu’il rendit en peu de temps fort semblable à luy. […] la Reyne s’est depuis monstrée telle qu’il l’avoit laissée; c’est-à-dire, sans Religion, sans pieté, sans vertu, sans loyauté, dissoluë, & libertine en ses discours, fourbe, trompeuse, medisante, mocqueuse... »

Légendes des photos: Voici deux pistolets à rouet portés lors du couronnement de Christine, et le détail d’un pistolet orné de figures coquines ...

Christine racontée par elle-même : ( textes autobiographiques)

Souper chez le Prince de Conti (M.B. Ollivier)« Tout le respect, l’admiration, l’amour que j’ai eu toute ma vie pour vous, Seigneur, ne m’empêchoit pas d’être très incrédule & peu dévote ? Je ne croyois rien de la Religion dans laquelle je fus nourrie. Tout ce qu’on m’en disoit me sembloit peu digne de vous. Je crus que les hommes vous faisoient parler à leur mode, & qu’ils me vouloient tromper, & me faire peur pour me gouverner à la leur. Je haissois mortellement les longs & frequens Sermons des Luthériens ; mais je connus qu’il falloit les laisser dire & avoir patience, & qu’il falloit dissimuler ce que j’en pensois. Mais quand je me trouvois un peu aggrandie, je me formois une espèce de Religion à ma mode, en attendant celle que vous m’avez inspirée, à laquelle j’avoir naturellement une si forte inclination. Vous savez combien de fois, par un langage inconnu du commun, je vous ai demandé la grace d’être éclairée de vous, que je fis vœu de vous obéir au prix de ma vie & de ma fortune. »

Cependant, une lettre de Fortner à Bouilliau (26 octobre 1656) rapporte une anecdote selon laquelle, de passage à Dijon, Christine se serait déclarée, non pas catholique, mais de « la religion des philosophes », telle qu’on la trouve dans le De Natura Rerum de Lucrèce...

En tout cas, il n’est nullement question dans ses propos d’un quelconque remord, ou même regret d’avoir suivi les mauvais enseignements des « libertins » dont elle s’était entourée..

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